BROUILLAGES RADIO : COMMENT LES IDENTIFIER ET RÉAGIR ?
Grésillements, porteuse permanente, bruit inhabituel, réception devenue impossible : lorsqu’une fréquence semble soudainement brouillée, la première réaction est souvent d’accuser un autre émetteur. Pourtant, l’origine du problème peut se trouver beaucoup plus près… parfois directement chez soi.
Les radiocommunications sont sensibles à leur environnement. Un poste qui fonctionnait parfaitement peut soudainement présenter un niveau de bruit important, recevoir des parasites réguliers ou devenir pratiquement inutilisable sur certaines fréquences. Mais avant de parler de « brouilleur », encore faut-il comprendre ce que l’on entend réellement.
La F.F.A.R.A.S propose quelques réflexes simples permettant de rechercher méthodiquement l’origine d’une perturbation.
Un brouillage n’est pas forcément volontaire
Le mot « brouillage » fait parfois immédiatement penser à une personne qui émet volontairement pour empêcher les autres utilisateurs de communiquer. Cette situation peut exister, mais elle est loin d’être la seule possibilité. Par exemple, l’Agence nationale des fréquences indique que les brouillages peuvent avoir des origines extrêmement diverses : équipement radio non conforme, appareil défectueux, émission parasite, problème d’installation ou encore perturbation électromagnétique provenant d’un équipement industriel ou domestique. Elle souligne même qu’une large part des brouillages qui lui sont signalés proviennent de problèmes de compatibilité électromagnétique – CEM.
Avant d’accuser un autre utilisateur, mieux vaut donc commencer par enquêter.
Parasite, mauvaise réception ou véritable brouillage ?
Plusieurs phénomènes peuvent donner l’impression que la fréquence est brouillée.
Le parasite électromagnétique
Il peut prendre la forme :
- d’un ronflement ;
- d’un bourdonnement ;
- de crépitements ;
- de petits traits réguliers ;
- d’un bruit large couvrant plusieurs fréquences ;
- ou d’un signal apparaissant et disparaissant périodiquement.
Ce type de perturbation peut provenir d’un appareil électrique ou électronique.
La mauvaise réception
Un signal faible, une antenne mal installée, un câble coaxial endommagé ou un connecteur défectueux peuvent également dégrader fortement la réception. Dans ce cas, le problème n’est pas nécessairement extérieur.
Le brouillage radio
Un autre émetteur, légal ou non, peut également occuper ou perturber une fréquence. Mais là encore, il faut éviter de tirer des conclusions trop rapidement.
Entendre quelque chose d’indésirable sur une fréquence ne signifie pas automatiquement qu’une personne cherche volontairement à vous brouiller.
Commencer par vérifier sa propre station
C’est probablement la première règle à appliquer. Avant toute démarche extérieure, il faut s’assurer que son propre matériel n’est pas responsable du problème. L’ANFR demande d’ailleurs, dans le cadre de certaines demandes d’intervention, que l’utilisateur ait préalablement vérifié que ses propres équipements ne sont pas en cause et fournisse les résultats des analyses réalisées.
Il convient donc de contrôler notamment :
- le poste radio ;
- l’alimentation ;
- l’antenne ;
- le câble coaxial ;
- les connecteurs ;
- les accessoires reliés au poste.
Un mauvais contact ou une alimentation défectueuse peut parfois produire des effets très trompeurs.
Un test très utile : fonctionner sur batterie
Pour une station fixe alimentée par le réseau électrique, un essai particulièrement simple peut fournir de précieuses indications. Lorsque cela est techniquement possible et sans danger : éteignez les appareils électriques inutiles puis alimentez temporairement votre poste radio à partir d’une batterie autonome adaptée. Si le parasite disparaît brutalement, il existe de fortes chances que la perturbation soit liée à votre installation électrique ou à un appareil présent dans le bâtiment. Il devient alors possible de poursuivre les recherches.
Couper les appareils un par un
Une méthode classique consiste à procéder par élimination.
- Téléviseur.
- Ordinateur.
- Chargeur.
- Éclairage.
- Box Internet.
- Alimentation à découpage.
- Équipement audio-vidéo.
- Système informatique.
Chaque appareil est arrêté successivement pendant que l’opérateur observe le niveau de bruit sur son récepteur. Si le parasite disparaît lorsque l’un des appareils est coupé, une piste sérieuse vient probablement d’être trouvée.
Attention, certains appareils électriques ou électroniques peuvent générer des signaux parasites en raison notamment d’une non-conformité, du vieillissement, d’un mauvais réglage ou d’un dysfonctionnement.
Même une lampe peut perturber une réception
La source d’un brouillage peut parfois être étonnamment banale. Voici quelques sources possibles de perturbations :
- systèmes d’éclairage ;
- systèmes informatiques ;
- installations électriques ;
- équipements audio-vidéo ;
- systèmes d’alarme ;
- préamplificateurs d’antenne TV ;
- équipements industriels.
L’ANFR précise qu’il est assez fréquent que la source d’une perturbation provienne d’un préamplificateur TV ou d’un système d’éclairage défaillant.
Un appareil qui paraît totalement étranger à la radio peut donc être responsable d’un parasite important.
Observer le comportement du brouillage
Lorsqu’un parasite persiste, il est intéressant de noter précisément son comportement.
Posez-vous quelques questions :
- Est-il permanent ?
- Apparaît-il uniquement à certaines heures ?
- Disparaît-il la nuit ?
- Est-il plus fort lorsque certains appareils fonctionnent ?
- Concerne-t-il une seule fréquence ou plusieurs ?
- Son niveau varie-t-il lorsque l’on déplace une radio portable ?
Ces observations permettent progressivement de caractériser la perturbation. Une source qui apparaît chaque soir à l’allumage de l’éclairage public, par exemple, ne présente pas le même profil qu’une émission radio apparaissant de manière irrégulière.
Comparer avec une deuxième radio
Lorsqu’on dispose de plusieurs appareils, une comparaison peut également être utile. Si le phénomène apparaît sur deux récepteurs différents utilisant des antennes différentes, cela constitue un indice supplémentaire. À l’inverse, si une seule radio présente le problème, il faut également envisager une défaillance du récepteur. Une petite radio portable fonctionnant sur batterie peut parfois devenir un excellent outil de diagnostic. Elle peut permettre de déterminer si le niveau du parasite augmente ou diminue lorsque l’on se déplace.
L’antenne mérite une attention particulière
L’antenne constitue la porte d’entrée du signal radio.
Un connecteur oxydé, un câble abîmé, de l’humidité, une mauvaise masse ou une installation détériorée peuvent modifier considérablement les performances d’une station.
Il convient donc de contrôler :
- les connecteurs ;
- le câble ;
- les fixations ;
- la corrosion éventuelle ;
- l’étanchéité ;
- et l’état général de l’antenne.
L’ANFR recense également parmi les causes possibles de brouillage certains systèmes antennaires défectueux ou des problèmes liés aux installations radio elles-mêmes.
Tenir un petit relevé du brouillage
Le carnet de trafic dont nous parlions récemment peut ici devenir particulièrement utile.
Lorsqu’une perturbation se reproduit, notez :
- la date ;
- l’heure de début ;
- l’heure de fin ;
- la fréquence concernée ;
- le niveau approximatif du signal ;
- la nature du bruit ;
- les appareils qui fonctionnaient au même moment ;
- les essais effectués.
Après quelques jours, un schéma peut apparaître.
Par exemple :
- 07 h 05 – apparition du parasite
- 07 h 10 – niveau élevé
- 07 h 42 – disparition
Puis le lendemain exactement au même moment.
Ce type d’information est beaucoup plus utile qu’un simple : « Je suis brouillé depuis plusieurs jours. »
Ne jamais répondre à un brouillage par un autre brouillage
Si vous pensez qu’une personne perturbe volontairement une fréquence, la pire solution consiste à essayer de faire la même chose. Augmenter illégalement sa puissance, émettre continuellement ou chercher à empêcher l’autre utilisateur de communiquer ne résout rien. Au contraire, vous risquez de devenir vous-même responsable d’une perturbation. L’utilisation non conforme de fréquences ou d’équipements radioélectriques ainsi que certains brouillages de services autorisés constituent des infractions pouvant entraîner des sanctions pénales.
Un brouillage ne justifie jamais un autre brouillage.
Attention également aux véritables brouilleurs
Les appareils conçus spécifiquement pour empêcher certaines communications – brouilleurs de téléphonie, GNSS ou autres systèmes radio – sont très strictement encadrés. En dehors des dérogations prévues pour certains services de l’État, la possession, l’utilisation, la cession et la publicité illicites de brouilleurs sont interdites en France. Il ne faut donc jamais tenter de régler un problème radio en utilisant ce type d’équipement.
Une fréquence occupée n’est pas nécessairement brouillée
Ce point mérite également d’être rappelé. Sur certaines bandes partagées, plusieurs utilisateurs peuvent parfaitement être autorisés à utiliser les mêmes ressources radio. Une fréquence qui semble régulièrement occupée n’est donc pas forcément victime d’un brouillage. Sur des dispositifs à faible portée ou relevant d’une autorisation générale, l’utilisateur ne dispose pas nécessairement d’une fréquence qui lui serait réservée exclusivement. L’ANFR prévoit d’ailleurs une procédure spécifique pour le signalement de perturbations concernant certains dispositifs fonctionnant dans des bandes dites « libres ».
Il faut donc distinguer : une fréquence occupée normalement et une perturbation réellement anormale ou préjudiciable.
Et si le brouillage vient de chez le voisin ?
C’est évidemment une situation plus délicate. Si vos recherches semblent indiquer qu’un appareil situé à proximité est responsable, il convient avant tout de rester courtois. Le propriétaire de l’équipement ignore probablement totalement que son appareil produit des parasites. Une discussion calme et quelques essais réalisés ensemble peuvent parfois résoudre le problème très rapidement.
Il est préférable de dire : « J’ai remarqué une perturbation radio qui semble apparaître lorsque cet appareil fonctionne. Pourrions-nous faire un essai ? », plutôt que : « Votre appareil brouille ma radio, vous devez l’arrêter. »
La coopération apporte généralement davantage de résultats que le conflit.
Quand contacter l’ANFR ?
Lorsque les vérifications personnelles ont été effectuées et qu’un brouillage sérieux persiste, une démarche auprès de l’Agence nationale des fréquences peut être envisagée selon le service ou le dispositif concerné. L’ANFR dispose de plusieurs procédures de signalement correspondant notamment aux réseaux professionnels, au service amateur, aux dispositifs de faible puissance et de faible portée ainsi qu’à certaines perturbations GNSS. Après un signalement recevable, les agents de l’Agence peuvent réaliser une investigation technique afin de rechercher, identifier et localiser la cause du brouillage. Lorsque la source et son responsable sont identifiés, l’ANFR peut demander qu’il soit mis fin à la perturbation et, selon les circonstances, établir un procès-verbal d’infraction.
Avant de signaler : préparer son dossier
Plus les informations fournies sont précises, plus elles peuvent faciliter la compréhension du problème.
Il peut donc être utile de préparer :
- la fréquence concernée ;
- la localisation de la station ;
- les horaires constatés ;
- la durée du phénomène ;
- la nature du parasite ;
- les essais réalisés ;
- les équipements utilisés ;
- les constatations effectuées sur plusieurs jours.
Pour certains types de demandes, l’ANFR précise que l’utilisateur doit s’être assuré au préalable que ses propres équipements ne sont pas responsables de la perturbation.
D’où l’intérêt d’une démarche méthodique.
Les dix réflexes F.F.A.R.A.S.
Face à un brouillage inhabituel, nous pouvons retenir dix étapes simples :
- Écouter et observer.
- Ne pas accuser immédiatement un autre utilisateur.
- Vérifier son poste et son antenne.
- Contrôler les câbles et connecteurs.
- Tester si possible le poste sur batterie.
6. Éteindre progressivement les appareils électriques proches.
7. Comparer avec un autre récepteur.
8. Noter les heures et caractéristiques du phénomène.
9. Ne jamais tenter de répondre au brouillage par une émission perturbatrice.
10. Si nécessaire, utiliser la procédure adaptée de signalement auprès de l’ANFR.
Une démarche qui pourrait intéresser les radio-clubs
La recherche de brouillages constitue également un domaine dans lequel les radio-clubs peuvent apporter leur expérience. Connaissance des antennes, mesures, analyse des signaux, localisation d’une source parasite ou simple contrôle d’une installation : ces compétences techniques peuvent être très utiles. La F.F.A.R.A.S. a d’ailleurs déjà souligné l’intérêt de l’expérience des radio-clubs dans la recherche de pannes et la résolution de problèmes de brouillage.
Cela pourrait devenir un véritable domaine d’échange technique entre les différentes composantes de la Fédération.
Un bruit radio raconte souvent quelque chose
Lorsque le niveau de bruit augmente brutalement sur votre poste, inutile de commencer immédiatement une guerre des ondes. Il faut d’abord observer, tester, comparer, éliminer progressivement les causes possibles, noter ce que l’on constate et seulement ensuite chercher plus loin.
Car derrière un brouillage apparemment mystérieux peut parfois se cacher simplement une alimentation électrique défectueuse, un éclairage perturbateur, un câble vieillissant ou un appareil électronique mal conçu. La radiocommunication ne consiste donc pas uniquement à savoir émettre. Elle consiste également à savoir écouter, comprendre son environnement radioélectrique et rechercher méthodiquement l’origine d’un problème.
C’est aussi cette culture technique et responsable que souhaite encourager la F.F.A.R.A.S.
Avant d’accuser les ondes, commençons toujours par écouter ce qu’elles essaient de nous apprendre.
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Rédacteur: Jean NEURDIN – Création F.F.A.R.A.S ©
Fédération France Alliance Radiocommunication Assistance Signaleurs ®


