LA CARTE QSL : LE SOUVENIR D’UN CONTACT RADIO
À l’heure des confirmations numériques et des journaux de trafic informatisés, la carte QSL conserve une place particulière dans l’univers de la radiocommunication. Bien plus qu’un simple morceau de carton, elle témoigne d’un contact, d’une écoute, d’une rencontre sur les ondes et parfois d’un véritable exploit radio. Pour certains opérateurs, elle rappelle un premier contact lointain. Pour d’autres, un pays rare, une activation exceptionnelle, une liaison réalisée avec peu de puissance ou simplement une conversation particulièrement sympathique. Des années plus tard, retrouver une ancienne carte QSL suffit parfois à faire remonter de nombreux souvenirs.
Mais que signifie réellement QSL ? Pourquoi ces cartes existent-elles ? Que doit-on y inscrire ? Et ont-elles encore une utilité à l’époque d’Internet ?
QSL : trois lettres chargées d’histoire
Le terme QSL appartient au « code Q », ensemble d’abréviations historiquement utilisées en radiocommunication. Employé comme affirmation, QSL signifie en substance : « Je confirme la réception de votre transmission. »
La carte QSL constitue donc une confirmation écrite d’une communication radio. La Radio Society of Great Britain rappelle que cette tradition remonte aux débuts de la radiodiffusion et qu’elle fut rapidement adoptée par les radioamateurs. Le Réseau des Émetteurs Français définit lui-même la QSL comme une « carte d’accusé de réception » et le QSL Bureau comme le service chargé de centraliser et distribuer ces cartes pour les radioamateurs et les écouteurs SWL.
Au commencement, il fallait savoir jusqu’où portait une émission
Au début de la radio, connaître la portée réelle d’une station n’était pas aussi simple qu’aujourd’hui. Les auditeurs qui recevaient une émission lointaine pouvaient envoyer un rapport de réception à la station concernée. Ces témoignages permettaient notamment à l’émetteur de savoir jusqu’où son signal avait été entendu.
L’International Amateur Radio Union explique que les premières pratiques de QSL sont nées de ces rapports de réception envoyés par carte postale, à une époque où les communications radio bidirectionnelles sur de grandes distances étaient encore relativement rares. Progressivement, la pratique est devenue une véritable tradition radio. La QSL n’était plus seulement une information technique. Elle devenait aussi le souvenir matériel d’une liaison entre deux stations.
Un contact radio que l’on peut conserver
Un QSO peut ne durer que quelques secondes ou quelques minutes. Une fois les micros raccrochés et les postes éteints, la communication disparaît des ondes. La carte QSL permet de lui donner une trace matérielle. On peut la ranger dans un classeur, l’afficher sur le mur d’une station, compléter une collection ou la retrouver plusieurs dizaines d’années plus tard. C’est probablement ce qui explique l’attachement que de nombreux opérateurs continuent à porter à ces petits cartons. L’IARU souligne d’ailleurs que la QSL est progressivement devenue à la fois un geste social entre opérateurs et un moyen de documenter les contacts réalisés.


Que trouve-t-on sur une carte QSL ?
Une carte QSL doit avant tout permettre d’identifier clairement le contact qu’elle confirme.
On y retrouve généralement :
- l’indicatif de la station destinataire ;
- l’indicatif de la station qui envoie la carte ;
- la date du contact ;
- l’heure, généralement en UTC ;
- la fréquence ou la bande utilisée ;
- le mode de transmission ;
- le report du signal ;
- éventuellement le locator, le matériel ou les antennes utilisées.
La Radio Society of Great Britain (RSGB), association nationale britannique de radioamateurs, recommande précisément de faire apparaître les indicatifs des deux stations, la date et l’heure du contact, la fréquence ou la bande, le mode et le report de signal. On peut naturellement ajouter des informations plus personnelles : prénom de l’opérateur, localisation de la station, photographie de la région, antennes, matériel ou message de sympathie. C’est aussi ce qui fait le charme des QSL : deux cartes peuvent confirmer le même type de contact tout en étant totalement différentes.
Et ce fameux « 59 » ?
Sur de nombreuses cartes apparaissent des reports tels que : 59, 58, 57 ou encore 599. Il s’agit généralement du système RST.
- R correspond à la lisibilité (Readability).
- S correspond à la force du signal (Signal Strength).
- T correspond à la tonalité (Tone), principalement utilisée notamment pour la télégraphie.
Dans le système traditionnel, la lisibilité est évaluée de 1 à 5 et la force du signal de 1 à 9. En phonie, on utilise donc généralement seulement les deux premiers chiffres. Ainsi, 59 signifie théoriquement : 5 parfaitement lisible et 9 signal extrêmement fort
En télégraphie, un report 599 ajoute l’évaluation de la tonalité. Bien entendu, le report devrait autant que possible refléter ce que l’opérateur reçoit réellement et ne pas devenir une simple formule automatique.
La QSL peut aussi raconter une région
Pendant longtemps, de nombreuses stations ont personnalisé leurs cartes avec une photographie de leur ville, de leur village, de leur monument préféré ou de leur région.
Une QSL française reçue à l’autre bout du monde pouvait ainsi montrer un château de la Loire, la Tour Eiffel, un paysage breton, les Alpes, un vignoble champenois, une station radio ou simplement le visage de son opérateur.
La QSL devient alors également une sorte de carte postale du monde de la radio.
Pour les clubs et les associations, elle peut servir à mettre en valeur une identité, une activation spéciale ou un événement.
Une station temporaire créée pour commémorer un anniversaire, une manifestation ou un événement historique peut ainsi disposer de sa propre carte.
Radioamateurs, SWL… et culture CB
La carte QSL est très fortement associée au radioamateurisme, mais la culture de la confirmation des contacts dépasse ce seul univers. Les SWL, ou écouteurs d’ondes courtes, peuvent également envoyer des rapports de réception et recevoir des confirmations. Le lexique du REF associe explicitement son QSL Bureau aux radioamateurs et aux SWL. Dans l’histoire de la Citizen-Band, l’échange de cartes QSL a également constitué une tradition bien connue entre cibistes, notamment pour conserver la trace de contacts DX. Pour beaucoup d’anciens opérateurs CB, les classeurs remplis de QSL venues de France et de l’étranger font partie intégrante des souvenirs des grandes années de la Citizen-Band.
Direct ou via bureau ?
Pour une QSL papier radioamateur, deux grandes méthodes existent.
L’envoi direct
La carte est adressée directement au correspondant ou éventuellement à son QSL Manager. Cette solution peut être intéressante lorsqu’on souhaite obtenir rapidement une carte particulière.
Le QSL Bureau
Les cartes sont regroupées puis acheminées en nombre par les associations nationales. Ce système a été développé afin de réduire le coût de l’envoi individuel de nombreuses cartes à travers le monde. L’IARU maintient encore aujourd’hui un réseau international de bureaux QSL.
En France, le Réseau des Émetteurs Français – REF dispose toujours d’un service QSL et recommande actuellement un format de carte de 14 × 9 cm pour faciliter le traitement et le tri. Le REF assure notamment le tri des cartes à destination de la France et l’acheminement des cartes vers les bureaux étrangers correspondants.
La révolution numérique
Aujourd’hui, il n’est plus indispensable d’attendre plusieurs semaines ou plusieurs mois pour obtenir certaines confirmations. Des systèmes électroniques permettent d’enregistrer et de confirmer les contacts par Internet. L’un des plus connus dans le monde radioamateur est Logbook of The World – LoTW, développé par l’ARRL.
Il permet aux radioamateurs de transmettre leurs journaux de contacts et d’obtenir des confirmations électroniques lorsqu’un contact correspondant est également enregistré par l’autre station. Ces confirmations peuvent notamment être utilisées pour certains diplômes radioamateurs. L’IARU constate elle-même que les systèmes électroniques sont plus rapides et moins coûteux et qu’ils ont réduit la nécessité d’utiliser des cartes physiques pour l’obtention de certains diplômes.
Alors, la carte papier est-elle condamnée ?
Papier contre numérique : faut-il vraiment choisir ?
Probablement pas. Les deux systèmes ne remplissent pas exactement la même fonction.
- Une confirmation électronique apporte : rapidité, simplicité, classement informatique et facilité de recherche.
- La carte papier apporte autre chose : un objet réel, une photographie, une écriture, une signature, un souvenir que l’on peut conserver physiquement.
Un fichier informatique confirme un QSO. Une belle QSL peut raconter l’histoire de ce QSO.
C’est probablement pour cette raison que, malgré l’existence des outils numériques, des services QSL papier continuent à fonctionner dans de nombreux pays.
Certaines QSL deviennent de véritables pièces de collection
Avec le temps, une collection de QSL peut aussi devenir un témoignage de l’histoire de la radio.
On peut y retrouver :
- d’anciens indicatifs ;
- des pays ou territoires dont le statut a changé ;
- des stations disparues ;
- des expéditions rares ;
- des anciens équipements ;
- des logos de radio-clubs ;
- des graphismes typiques d’une époque.
Une carte reçue il y a quarante ou cinquante ans ne raconte donc plus seulement un contact radio. Elle raconte aussi une époque de la radiocommunication. L’ARRL a d’ailleurs présenté des collections anciennes de cartes QSL comme de véritables témoins de l’histoire du radioamateurisme.
QSL et diplômes radio
La carte QSL peut également servir à prouver qu’un contact déterminé a réellement été réalisé. De nombreux diplômes radio demandent en effet de confirmer un certain nombre de contacts, de pays, de territoires ou de zones géographiques. Le célèbre programme DXCC, par exemple, repose sur la confirmation de contacts réalisés avec différentes entités DX. L’ARRL permet aujourd’hui d’utiliser notamment les confirmations électroniques LoTW dans ce cadre. Pendant des décennies, les cartes papier ont constitué l’un des principaux moyens de fournir ces confirmations.
Elles ont donc souvent représenté beaucoup plus qu’un souvenir décoratif.
Créer sa propre carte, c’est aussi afficher son identité radio
La conception d’une QSL est un exercice particulièrement agréable. Certains choisissent une carte sobre indicatif, nom, ville et informations techniques. D’autres préfèrent créer une véritable carte postale représentant leur région. D’autres encore mettent en avant leur station, leur antenne, leur radio-club, une activité particulière, un véhicule, un paysage, ou un symbole personnel.
Aujourd’hui, les outils numériques permettent de créer facilement une QSL personnalisée tout en conservant cette tradition ancienne. Mais quelle que soit sa présentation, une bonne carte doit conserver une priorité : les informations permettant d’identifier correctement le contact doivent rester parfaitement lisibles.
Une idée également intéressante pour la F.F.A.R.A.S
La F.F.A.R.A.S. rassemble différents univers de la radiocommunication. Radioamateurs, cibistes, écouteurs, radio-clubs, associations et passionnés possèdent chacun leurs traditions et leur histoire. La carte QSL pourrait donc également devenir un moyen de valoriser cette culture radio commune.
- Pourquoi ne pas imaginer, par exemple, des expositions de cartes anciennes lors de rencontres ou manifestations ?
- Pourquoi ne pas inviter des opérateurs à présenter leur plus ancienne QSL, leur plus lointaine ou simplement celle qui possède pour eux la plus grande valeur sentimentale ?
- Et pourquoi ne pas aller plus loin en créant une carte QSL officielle au nom de la F.F.A.R.A.S ?
Cette carte pourrait représenter l’identité de la Fédération, son logo, ses valeurs et sa vocation autour de la radiocommunication, de l’entraide et de l’intérêt général. Elle pourrait notamment être utilisée à l’occasion de contacts ou d’activités radio organisées dans un cadre compatible avec la réglementation, de manifestations, d’expositions, de rencontres associatives ou encore comme carte souvenir de la Fédération. Une QSL F.F.A.R.A.S. pourrait également devenir un bel outil de communication et de collection, permettant de faire connaître la Fédération en France comme à l’étranger.
Elle pourrait comporter, par exemple :
- le logo officiel de la F.F.A.R.A.. ;
- les coordonnées de la Fédération ;
- l’adresse du site ffaras.fr ;
- une présentation courte de ses missions ;
- un visuel représentant les différents univers de la radiocommunication ;
- un emplacement destiné aux informations du contact ou de l’activité concernée ;
- et pourquoi pas la devise : « La radiocommunication au service de l’entraide et de l’intérêt général ».
Cette carte pourrait ainsi devenir à la fois un symbole, un souvenir et un support de promotion de la F.F.A.R.A.S.
Derrière chaque carte existe souvent une histoire. Et derrière chaque histoire se trouve un opérateur.
Et demain, certaines de ces histoires pourraient aussi porter les couleurs de la F.F.A.R.A.S
Une petite carte… pour un grand souvenir
Une communication radio est par définition éphémère. Une voix traverse les ondes. Un indicatif est entendu. Quelques informations sont échangées. Puis chacun reprend son trafic.
La carte QSL transforme cet instant en souvenir. Elle rappelle qu’un jour, à une date précise et sur une fréquence précise, deux stations sont parvenues à se rencontrer grâce aux ondes radio.
Internet et les confirmations électroniques ont profondément modernisé nos pratiques, et leur utilité n’est plus à démontrer.
Mais il suffit parfois d’ouvrir une vieille boîte remplie de QSL pour comprendre que le papier possède encore quelque chose que l’informatique reproduit difficilement : la mémoire affective d’un contact.
C’est pourquoi la carte QSL mérite probablement encore longtemps sa place dans nos stations. Non pas parce qu’elle appartient au passé. Mais parce qu’elle permet justement de ne pas l’oublier.
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Rédacteur: Jean NEURDIN – Création F.F.A.R.A.S ©
Fédération France Alliance Radiocommunication Assistance Signaleurs ®


